Trois yeux sur l'écran
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Atlanta - Saison 2

This is America
SériesCritiques
Score 98 %

Atlanta n'est pas une comédie. Atlanta n'est pas un drame. Atlanta obéit à des règles que la série semble inventer au fur et à mesure qu'elle se découvre elle-même. Située dans une zone improbable entre Friends, Twin Peaks, The Wire et Entourage, la série de Donald Glover restera certainement comme un des ovni les plus originaux des années 2010. 

ban atlanta

Par rapport à son étonnante première saison, cette nouvelle livraison d’épisodes renforce le style inclassable du show. Alors que le personnage de Earn est relégué à une place presque anecdotique sur quelques épisodes centraux , il reste cependant le point d’ancrage narratif sur la majorité de la saison, l’atome primordiale autour duquel tournoient les électrons libres de sa bande de potes. Et tandis que la série s’attache toujours plus à sa singulière brochette de protagonistes, l’essence même de la série se définit subtilement, avec une force à la fois invisible et implacable. 

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Earn (Donald Glover) et Darius (Lakeith Stanfield) / FX

Quand on entame un nouvel épisode d’Atlanta, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Une comédie d’amitié, un thriller psychologique, un récit ghetto, un road movie, une teen comedy au final glaçant, ou un drame relationnel à la mélancolie crasse. La seconde saison d’Atlanta est tout ça à la fois sans jamais pouvoir être réduite à une simple enfilade de basculements de genres. Mais le fil conducteur, la note narrative qui relie tous les épisodes est très difficile à identifier, autant qu’elle est indéniablement et constamment présente. 

On pourrait voir Atlanta comme une série sur Earn, un jeune Afro-Américain d’Atlanta qui, après un court passage à l’université, revient dans sa ville natale, auprès de ses amis d’enfance et de la mère de sa fille, avec laquelle il entretient une relation complexe qui s’arrête autant de fois qu’elle recommence. Quand il se met en tête de devenir le manager de son cousin Alfred, rappeur émergent de la scène locale qui officie sous le blaze de Paperboy, c’est pour lui l’occasion de redonner un peu de sens à sa vie et de se lancer dans une aventure qui pourrait aboutir à un certain pactole. Avec cette trame simple, sur laquelle on finit toujours par revenir sans jamais en être prisonniers, Atlanta nous parle aussi et surtout de l’Amérique d’aujourd’hui. Mais ce serait encore une fois trop réducteur de s’arrêter à cela, tout comme y voir un plaidoyer pour la condition des Noirs dans l’Amérique contemporaine reviendrait à passer à côté de la réelle réflexion sur la condition humaine dans son entièreté qui sous-tend chaque épisode d’Atlanta. Il n’est pas rare de ressentir un malaise indéfinissable devant les impasses personnelles vécues par les différents protagonistes, de la petite lose ordinaire à la certitude que la mort, la vraie, est imminente. 

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Teddy Perkins (Donald Glover) est sans doute le personnage le plus flippant de cette nouvelle saison / FX

Dès les premières minutes d’Alligator Man, le premier épisode de la saison, on sent une volonté très claire chez Donald Glover et Hiro Murai, son réalisateur attitré, d’opposer la violence du monde aux personnalités stoïques des personnages, qui constate avec une indifférence blasée que c’est le début de la “Robbin’ Season”, la saison des braquages, après une scène d’une rare sauvagerie visuelle. Dans Teddy Perkins, le 6ème épisode, Darius (mon personnage préféré) vient récupérer un piano dans le manoir inquiétant d’un riche ermite blanc (interprété par Donald Glover lui-même). L’angoisse progressive qui emplit peu à peu chaque interstice du récit nous précipite vers un final terrifiant, donnant à ce chapitre l’aura d’un thriller racial qui n’a rien à envier à Get Out. Dans Woods, Alfred se retrouve en plein cauchemar éveillé, prisonnier d’une forêt aux allures de boucle temporelle, en compagnie d’un homme étrange qui devient vite menaçant, mais s’avère potentiellement le simple fruit de son imagination. FUBU nous propulse dans un épisode de l’enfance d’Earn et ses amis, où un t-shirt de contrefaçon sera l’objet d’une comédie grinçante qui se conclura par un drame terrible. 

Atlanta ne nous autorise à aucun moment à baisser notre garde, ne nous lâche aucune zone de répit pendant sa tranquille avancée de bulldozer autiste. Cette nouvelle saison confirme le talent incroyable de Donald Glover en tant qu’autour, tout comme elle lui permet de se servir à lui-même sur un plateau d’argent un rôle d’une rare profondeur. Celui qui joue le jeune Landonis Calrissian dans le dernier Star Wars, Solo, et que l’on a découvert dans le rôle de Troy dans l’excellente sitcom Community est définitivement un personnage à surveiller, tant au niveau de sa carrière musicale sous le nom de Childish Gambino, que pour son parcours d’auteur inclassable où son passé de dramaturge prend un sens si particulier. Passer à côté d’Atlanta serait une faute lourde selon les lois de la sériephilie

La saison 2 d'Atlanta est diffusée sur la chaîne FX aux USA et disponible en France sur OCS City


 

 

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    Ni chaud ni froid
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Ben Dussy