Trois yeux sur l'écran
...

The End of the F***ing World

Jeux d'enfultes
SériesCritiques
Score 65 %

À 17 ans, James est persuadé d'être un psychopathe, on en doute modérément quand on voit le nombre d'insectes et de petits animaux à qui il a déjà ôté la vie, mais quand il décide de se lancer dans le meurtre de son premier humain, les choses se compliquent. Alors qu'il choisit comme victime Alyssa, une fille de son école, elle aussi marginale, mais dotée d'un caractère explosif bien plus extraverti que celui de James, leur rencontre va faire des étincelles à tous les niveaux et les embarquer sur un road trip jalonné d'embûches relativement glauques. Un meurtre sera bien au rendez-vous, un amour naissant également et une quête, retrouver le père d'Alyssa à l'autre bout du pays. 

exploz

Tiré du roman graphique de Charles S. Forsman, et intégralement adapté par Charlie Covell, The End of the F***ing World fait énormément d'efforts pour affirmer régulièrement à ses téléspectateurs son originalité, qui n'est finalement pas si flagrante, mais reste plutôt modeste quant à son intelligence des rapports humains, qui est pourtant la plus indéniable de ses qualités. Joué par des jeunes acteurs extrêmement doués, le duo est au cœur de la boussole morale cassée qui accompagne ce voyage au bout de la désillusion adolescente.

forêt

Repéré par les gens de bon goût dans l'un des épisodes les plus hallucinants de Black Mirror (Shut Up And Dance, en saison 3) et récemment au cast de la nouvelle mini-série Howard's End, James Lawther confirme son talent incroyable pour illustrer en quelques regards des atermoiements profonds et complexes. Il trouve en Jessica Barden une partenaire adéquate. La jeune actrice, qui a démarré dans Coronation Street, le plus vieux soap de l'histoire du Royaume-Uni et aperçue plus récemment dans Penny Dreadful, prend possession de son personnage paumé, colérique et constamment en guerre contre le monde entier, avec une minutie rarement vues à l'écran

duo

Le parti pris très anglais de filmer les jeunes protagonistes en lumière naturelle, sans maquillage, laissant apparaître dans les nombreux gros plans toutes leurs imperfections de peau est pour beaucoup dans l'atmosphère toujours à la limite du malsain qui plane sur tous les épisodes. Le choix étrange d'avoir saucissonné en 8 épisodes de 20 minutes une intrigue déjà très ramassée dans le temps donne cette sensation désagréable de sur-découpage, face à une fiction qui aurait gagné à exister sur 4 ou 5 épisodes d'une heure.  Les réalisateurs Jonathan Entwistle et Lucy Tcherniak, qui se sont répartis la mise en scène en laissant les plans chocs et les effets visuels clippés d'Entwistle habiter les quatre premiers épisodes pour être remplacés sur les quatre derniers par la caméra plus calme et sereine de Tcherniak, ont ainsi aussi condamné le show à une schizophrénie visuelle qui ne le sert pas vraiment sur la globalité. The End of the F***ing World semble presque s'excuser dans ses derniers épisodes de son démarrage sulfureux et de sa morale interlope. Avec un final grandiloquent, pour ne pas dire pompeux, on se sent un peu trahi par une résolution qui ne respecte pas vraiment les promesses narratives de départ, mais une émotion réelle est définitivement née pendant le processus. Rapidement recherchés pour meurtre, suspectés de tout un tas de crimes (dont ils sont pour la plupart effectivement coupables), les jeunes héros ados foncent droit dans le mur avec cette détermination sourde que seule la jeunesse connaît et vont se retrouver confrontés à la triste et très antispectaculaire réalité, quand ils retrouveront enfin le vrai père d'Alyssa. On entre à ce moment-là dans la phase où les contradictions et les désillusions opèrent un effet miroir sur la cavalcade précédente. Comme les requins, c'est quand ils arrêtent d'avancer que les personnages se voient mourir petit à petit. On aurait aimé que cette intéressante prise sur le récit ait été traitée de manière moins littérale. Les deux femmes flics chargées de retrouver les ados fugitifs pourraient presque être l'objet d'un spin-off, leur relation amoureuse unilatérale, qui prend le tour d'une inversion inattendue devient sur les derniers épisodes presque plus intéressante que celle des héros, qui commencent à légèrement stagner. 

blood

Si la série aura sûrement un impact fort sur un public adolescent, on ne peut s'empêcher d'y voir quelques effets de manche faciles et un ton légèrement autiste qui ne veut résoudre sa palpitante fuite en avant qu'avec des mécaniques échappant aux règles du monde extérieur, tout en essayant de faire intervenir ce fameux monde sur la fin du parcours, en figure parentale rassurante qui va démêler la situation inextricable et rendre une vie normale à ces ados perdus. Le monde des ados refuse cependant celui des adultes et l'un des deux doit finir. Le choix fait dans cette histoire justifie le titre, mais ne rend pas forcément hommage aux finesses psychologiques et aux nuances morales qui ont brillé sur le début du parcours

cops

The End of the F***ing World est disponible sur Netflix

Profile picture for user Ben Dussy
Ben Dussy