Trois yeux sur l'écran
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Happy!

Destroy Story
SériesCritiques
Score 91 %

Enfant mutant issue d'une improbable partouze entre les Toy Story et John McLane, Happy!, la série de Brian Taylor est une ode hystérique au cinoche de genre.  Ses répliques eighties, son ton nihiliste et sa fraîcheur trash en font un drôle de voyage à 300 à l'heure à travers un univers torturé à l'absurdité cauchemardesque où le seul moyen d'apercevoir un peu d'espoir reste de traverser toute la couche de crasse qui recouvre ses personnages.

suicide dance

Nick Sax est un ancien flic qui, à la suite d'une sombre histoire, s'est fait mettre à la porte et a fini clochard tueur à gage alcoolique et suicidaire. Quand il reçoit dans la même nuit une balle en pleine poitrine et la visite d'une petite licorne bleu volante lui affirmant être l'ami imaginaire d'une petite fille qui vient d'être enlevée par un père Noël très inquiétant, ce n'est étrangement pas vraiment le plus grave de ses problèmes. Joué avec un engagement sacerdotal par un acteur exceptionnel, dont vous connaissez forcément le visage, faute de savoir son nom, l'immense Christopher Meloni, le personnage de Nick est un hommage chaleureux et excessivement drôle aux action heroes des années 80. Du Martin Riggs des Armes Fatales au John McLane des Die Hard en passant de très près par le Joe Hallenbeck du Dernier Samaritain, Meloni encapsule tous les traits de ses anti-héros bourrus à l'humour bas de plafond qui ne peuvent liquider le moindre homme de main sans balancer la vanne approprié avec un timing diabolique. Nick déteste tout le monde, ne cherche qu'à se défoncer et à échapper à la moindre responsabilité, et va devoir parcourir un long chemin intérieur avant d'accepter que le petit personnage en image de synthèse qui le suit désormais partout ne le lâchera pas tant qu'il n'aura pas accompli la fameuse mission de sauvetage qui lui a été confiée. 

hailey

Adapté du comic book éponyme écrit par Grant Morrison et mis en image par Brian Taylor, le co-réalisateur des Crank (Hyper Tension en VF), est un immense tourbillon où violence, humour et pirouettes de caméra se fondent en un ballet ultra-stylisé qui privilégie la manière à l'art. Et pourtant, peu de séries peuvent se targuer d'avoir en même temps une telle patate visuelle et une atmosphère aussi singulière. Tandis que Nick se débat avec son compagnon imaginaire, toute la galerie de personnage brille par sa force de caractère. Entre le sinistre kidnappeur et ses étranges pouvoirs démoniaques, la femme de mafieux suivie par une équipe de télé-réalité, l'expert en torture au rictus indéboulonnable, la flic compatissante qui tente de calmer le jeu, le chanteur pour enfants au regard fou et le parrain du crime et son infâme tricot de Noël, chaque personnage est un sujet de série à lui tout seul. Tout ce petit monde va croiser le chemin de notre guide pendant qu'il se fraye un passage à coup de poings et de flingues et d'extincteur au travers de cet environnement urbain saturé de perversion

happy

Nick ne passe pas une seconde de la série sans être ou blessé ou drogué ou bourré, et la plupart du temps, il est les trois à la fois. L'influence de Taylor apporte sans conteste son aspect visuel extrême à un script déjà très chargé en situations anarchiques. Le rythme de Crank est plus ou moins recréé tel quel sur tous les premiers épisodes, avec les même gimmicks, et Meloni épouse le rythme avec un plaisir qui transpire à l'écran, il défonce les crânes à coup d'extincteur avec un large sourire aux lèvres, il prend des balles, des coups de scies, dézingue 45 truands à la minute, avale des cafetière brûlantes pour tenir debout quelques heures de plus, se crashe en bagnole, et continue à avancer avec, chevillé au corps, cette sensation qu'il ne peut pas mourir, on est d'ailleurs très vite tentés de le croire. 

springer

Un code secret, voulu à tout prix par un caïd, et qu'il est le seul à connaître, l'empêche d'être froidement abattu à chaque mauvaise rencontre avec la mafia mais ne lui épargne pas les rixes régulières avec toutes sortes d'assaillants, dont il sort toujours vainqueur mais aussi toujours plus esquinté. Ce côté cartoon gore, contre-balancé par le personnage littéralement cartoon qui l'accompagne, qui est, lui, doté d'une vision du monde correspondant à celle de la petite fille à qui il appartient initialement donne à Happy! une morale très spéciale, où l'innocence est menacée par le maelström de noirceur qui surgit à chaque coin de rue. Mais l'écriture bénéficie du soin nécessaire pour rendre l'aventure cohérente et finit par véhiculer avec une intelligence incontestable un optimisme contagieux qui transcende l'atmosphère très trouble dans laquelle baigne le récit. 

aie

Happy! est une série noire, glauque, violente mais aussi paradoxalement joyeuse, riche en émotions nobles et empreinte d'une énergie saine et lumineuse. Le fracas des combats et des vannes graveleuses, les crânes explosés, les drogues qui coulent à flot, les pervers en liberté et la puanteur qui traversent les huit épisodes de cette première saison sont les marches qui mènent à l'illumination finale. Rarement le fond aura été aussi intimement fondu à la forme, dans les séries de ces dernières années. 

fil rouge

Alors, forcément, devant le caractère très borderline du show, il faudra prévenir que les âmes sensibles et les allergiques aux effets clipesques et aux blagues lourdingues risquent de rester totalement hermétiques aux singeries à l'œuvre dans Happy! Mais pour tous ceux qui sont ravis d'être pris en otage à bord d'un bolide incontrôlable, sans frein, lancé à fond la caisse dans une foule de délicieux méchants tous plus détestables les uns que les autres, ils ont peu de chances de s'ennuyer. Le grand huit sensationnel qu'est Happy! prend d'autant plus d'épaisseur qu'il ne se prend jamais au sérieux tout en essayant de faire quelque chose de son bazar visuel, comme un puzzle qu'on reconstruit peu à peu pour fixer une image globale à partir du chaos, et du chaos, cette série en est remplie à ras bord, un beau chaos racé, fluide, ludique et addictif qui ne vous lâchera pas jusqu'aux dernières minutes.

happy casting

Happy! était diffusée du 6 décembre 2017 au 31 janvier 2018 sur Syfy. Une seconde saison a été commandée par la chaîne.  

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Ben Dussy