Trois yeux sur l'écran
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Jurassic World : Fallen Kingdom

Un cri dans le vide
CinémaCritiques
Score 71 %

Après un retour en demi-teinte qui avait moyennement convaincu les fans de la grande époque, Jurassic World : Fallen Kingdom ne fait que redresser légèrement la barre et peine à exister en dehors de ses trop rares scènes d'action.

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Placé entre les mains habiles de Juan Antonio Bayona, le réalisateur relativement doué à qui l'on doit L'Orphelinat et The Impossible, l'univers de Jurassic World fait peau neuve, du moins visuellement et s'éloigne drastiquement des errements formels d'un Colin Trevorrow qui avait bien du mal à donner du corps à un divertissement qu'il avait jugé bon de rapprocher d'une comédie d'horreur potache. Bayona rend donc une certaine dignité à l'illustre franchise en la ramenant du côté du grand spectacle élégant et inspiré, où la puissance des dinosaures retrouve toute la latitude qu'elle mérite et ce dès les premières minutes de la très belle introduction.

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De manière générale, la qualité plastique du film est relativement indéniable. En apportant dans ses bagages son chef op attitré, Bayona donne directement une identité visuelle forte à ce nouveau chapitre. Les couleurs ocres et violacées de la lumière apocalyptique d'Oscar Faura accompagnent harmonieusement le retour du couple formé lors du film de 2015, Claire et Owen, sur Isla Nublar

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Mais Trevorrow, en grande partie responsable de la tonalité mal assurée de Jurassic World, est resté au scénario et c'est malheureusement son script poussif plombe finalement un film qui démarrait pourtant sous de bons auspices

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Cette fois, il est question de la survie des dinosaures laissés sur l'île d'isla Nublar. Menacés par l'éruption imminente du volcan au centre de leur territoire insulaire, les majestueux animaux comptent parmi leur soutiens de nombreuses associations à travers le monde, réclamant une vaste opération visant à les transporter en lieu sûr. Claire (Bryce Dallas Howard, qui a enfin abandonné l'idée de garder ses talons hauts au milieu de la jungle) fait partie de ceux qui veulent sauver les animaux (à nouveau) menacés d'extinction et elle embrigade sans trop de difficulté son ex petit copain Owen (Chris Pratt), toujours aussi narquois, dans l'aventure.

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Tout le premier acte et la grande majorité du second réservent un spectacle époustouflant, au rythme trépidant, et l'enchaînement épiques de séquences dantesque visant à échapper aux dinosaures, fuyant eux-mêmes la fureur du volcan laisse le spectateur cloué à son siège. On est en apnée la majorité du temps au fur et à mesure que les rebondissements qui semblent infinis déroulent leur partition millimétrée devant nous. Et puis, presque sournoisement, on nous dirige discrètement vers un troisième acte aux allures d'épisode de Scoobidoo. Le méchant promoteur ne retire pas son masque en latex au dernier moment pour avouer son crime mais on n'en est pas loin. Préparant le terrain pour le prochain volet de la saga, Fallen Kingdom nous prie de trouver naturelle la façon dont les dinosaures sont rapportés sur le continent américain pour y être vendus lors d'une vente aux enchère secrète réservée aux élites malveillantes du pays. On se retrouve atterré face à un final qui embrasse le ridicule sans visiblement s'en rendre compte. Les révélations faites sur la petite fille de Benjamin Lockwood, l'ancien partenaire de John Hammond, et co-créateur du complexe Jurassic Park, semblent sorties d'un roman de gare SF, et aucun espace n'est prévu pour qu'on ait de toute façon le temps de digérer l'information. L'Indoraptor, le nouveau dinosaure clôné de Fallen Kingdom s'avère plus proche d'un cyborg téléguidé que d'un prédateur des temps anciens. Sa spécificité, qui le fait réagir à des fréquences sonores et visuelles, le forçant à attaquer les personnes désignées par les gens ayant la "télécommande", lui retire toute personnalité propre. Mais surtout, le manoir Lockwood est une bien triste arène pour accueillir un spectacle qui tiendrait les promesses du début du film. 

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Jurassic World : Fallen Kingdom n'est pas un mauvais film. Ses grandes envolées d'action, son humour très sitcom, son casting soigné (Jeff Goldblum revient pour quelques minutes, James Cromwell est tout à fait classieux, Toby Jones, Geraldine Chaplin, BD Wong sont tous joliment investis) et son esthétique léchée en font un théâtre quasiment trop élégant pour la pièce relativement médiocre qui s'y joue. Sous prétexte de poser les fondations pour un prochain épisode qui verra les dinosaures déferler sur le globe entier, Fallen Kingdom sacrifie le cœur de son propre récit et cache bien mal sous son souffle ravageur une histoire résolument asthmatique. Ce n'est pas très grave, c'est juste dommage.   

Jurassic World : Fallen Kingdom est actuellement au cinéma

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Ben Dussy