Trois yeux sur l'écran
...

The Punisher Saison 1

Rien dans le crâne
SériesCritiques
Score 48 %

La première saison de The Punisher est en quelque sorte une deuxième saison, à plusieurs égards. Ce que nous avions déjà vu de Frank Castle et de sa vengeance obsessionnelle à l'encontre des gens ayant massacré sa famille dans la seconde saison de Daredevil permet à cette nouvelle série d'épisodes d'entrer dans le vif du sujet sans trop de cérémonie et de nous plonger directement dans l'élimination des derniers membres du groupuscule mafieux qu'il a pris pour cible, pour nous ouvrir la voie d'une conspiration militaire criminelle qui servira de base aux nouveaux treize épisodes qui s'offrent ici à nous.

Engoncé dans des sujets casse-gueules qui la dépasse régulièrement mais décidée à les traiter contre vents et marées, cette saison dédiée au héros Marvel va ainsi être améné à se questionner sur des problématiques très sensibles et surtout très actuelles. Quelle différence entre Le Punisher et les Américains blancs en colère et armés jusqu'au dent qui décident de se faire justice eux-mêmes ? Ceux qui provoquent les tragédies, les fusillades meurtrières qui accablent les États-Unis depuis de nombreuses années, et dont la plus violente à ce jour a eu lieu en 2017 à Las Vegas. C'est un des grands sujets de société que The Punisher se met en tête de traverser, avec en juxtaposition, la façon dont le gouvernement américain gère la vie après la guerre pour ses milliers de vétérans traumatisés qui peinent à trouver leur place une fois revenus au pays.

hipster

Plusieurs éléments auraient pu conduire cette saison du Punisher, sinon à des sommets, du moins à une hauteur que l'on était vaguement en droit d'espérer.

Le premier est dans son détachement quasiment autiste du reste de l'univers Marvel et de ses alliés Defenders. Pas une seule allusion n'est faite tout au long des treize épisodes aux autres super-héros de la franchise, ni ceux ayant commencé leurs éditions netflixiennes ni aux autres, à peine a-t-on droit à une blagounette qui propose à Castle de se mettre en collant vert, énoncée à l'arrache par un des personnages principaux, faisant plus référence à Robin des Bois qu'à autre chose. Le seul lien permettant d'imaginer qu'on se trouve toujours dans le même univers passe par la présence de la journaliste Karen Page, sur laquelle nous reviendrons dans quelques lignes. Cette coupure franche avec l'univers des super-héros et de leurs super-pouvoirs est plutôt une bonne idée, qui réaffirme la condition du Punisher, rien d'autre qu'un homme, certes soldat sur-entraîné et sur-équipé mais qui ne détient aucun pouvoir d'aucune sorte hormis sa rage vengeresse qui semble lui permettre trois bastos par épisodes, vite digérées par une cicatrisation record. Néanmoins, nier que l'histoire se déroule dans un monde où Spiderman, Hulk, Iron man et Thor ont sauvé le monde aux yeux de tous à maintes reprises pose quelques problèmes de crédibilité, notamment quand on constate que les divisions du gouvernement, CIA, FBI et compagnie, sont exactement les même que dans le monde réel, ce qui paraît peu logique et bousille l'immersion assez rapidement, à moins de faire l'effort de ne pas trop y penser.

madani

Le deuxième élément se trouve du côté de ses personnages secondaires, tous chargés d'une sorte de représentation miroir des obsessions de Frank Castle. Dinah Madani, une agente de la sécurité intérieure, ultra-motivée mais brimée par sa hiérarchie corrompue, poursuit en parallèle de Frank un même but, visant à neutraliser les mêmes cibles, mais elle est décidée à y parvenir par le biais de la loi. Sa confrontation inévitable avec le Punisher permettra d'insuffler un peu de raison dans la furie sourde du personnage principal et de justifier à d'autres moments les méthodes nettement plus expéditives du Punisher. Micro, le hacker surdoué, ayant simulé sa mort et abandonné sa famille pour les protéger, sera le comparse geek de Castle, et à chaque fois que ce dernier ira régler les problèmes de la famille de son équipier, un intéressant jeu de perspectives narratives viendra faire vivre par procuration quelques scènes de vie de famille à Frank, faisant remonter la douloureuse réalité de la perte qu'il a subi quand la sienne a été massacrée, tout en faisant fulminer Micro, condamné à voir Frank assumer son rôle à sa place pendant qu'il le surveille via les caméras qu'il a planquées dans sa maison familiale délaissée. Karen Page, quant à elle, se pose en pacifiste contrite, espérant à chaque seconde que l'entreprise de démolition méthodique de Frank prenne fin, tout en lui glissant paradoxalement quelques indices sur ses cibles potentielles. Sa relation avec les autre Defenders est consciencieusement maintenue dans l'ombre, y compris lors d'interrogatoires musclés qu'elle subit vers la fin de la saison.

sandwich

Le troisième bon point qu'on peut reconnaître à cette saison de The Punisher réside dans l'implication de ses acteurs. Tous ne sont pas d'un subtilité désarmante, et certainement pas Jon Bernthal, mais on doit admettre qu'ils jouent avec une sincérité qui donne un souffle relativement salvateur à l'ensemble. Tout salvateur que soit le fameux souffle, il n'empêche pas le naufrage plus ou moins généralisé de la série, mais il parvient à maintenir une envie de croire à ces personnages aux idéologies atnagonistes, de vibrer pour la majorité d'entre eux quand il sont en danger ou abîmés dans des rapport de force qui les dépassent. Bernthal, qui s'avère toujours être un choix plutôt judicieux pour incarner Frank Castle, se débat en permanence avec un personnage mal défini, qui semble prendre parfaitement conscience de l'ineptie de sa fuite en avant sans jamais démontrer une quelconque volonté d'enrayer le processus. Il tente de faire naître des nuances dans un script qui ne lui laisse quasiment aucune fenêtre pour le faire, et réussit à quelques occasions, malheureusement trop rares. Mais il serait injuste de lui faire porter le chapeau tant la nature anormalement étirée de l'intrigue rend le défi impossible. Les autres acteurs sont également de très bonne volonté dans leurs effrots pour sublimer des personnages dont les arcs narratifs stagnent trop longtemps pour leur propre bien. Amber Rose Revah empoigne son personnage de Madani avec une hargne et une dévotion très touchante, Ebon Moss-Bachrach donne à Micro les oscillations nécessaires pour éviter à son personnage d'être une simple serpillère constamment en pleurs, Ben Barnes apporte une vraie élégance impénétrable à Billy Russo et le jeune Daniel Weber, à qui le rôle le plus délicat de la saison à été dévolu, s'en sort avec beaucoup de prestance. Malgré des lourdeurs impardonnables dans l'écriture d'une grande majorité de leurs répliques, ils incarnent à peu près tous avec une fougue assez inattendue leurs protagonistes respectifs.

micro

Enfin, on peut également accorder au crédit de la série un certain nombre de scènes chocs plutôt bien fagotées, qui fonctionnent comme des impulsions électriques ponctuelles et fugace et font régulièrement revenir l'intérêt au milieu du marasme plus ou moins total qui surplombe l'intégralité de la saison. On est victime de l'infamie dès le premier épisode, où une merveilleuse scène de sniper très inventive (peut-être la meilleure scène de toute la saison, d'ailleurs) vient immédiatement se faire oublier sous les cauchemars odieusement clichetonneux du héros.

Parce qu'en dehors de ces quelques surprises visuellement amusantes, le constat est quand même assez triste. The Punisher donne très vite cette impression d'une mini-série qu'on aurait artificiellement allongée sur plus d'une douzaine d'épisodes. En dehors du personnage de Lewis, dont la trajectoire inattendue finira par s'écrouler sur elle-même avant de nous avoir vraiment mené sur un terrain intéressant, le gros de l'intrigue semble prisonnier d'un couloir de poncifs qui étouffe rapidement toute tentative de hauteur. Les fashbacks honteusement kitsch de Frank (même il y a vingt ans, à l'époque du Volte-Face de John Woo, les chevaux de manège dans les souvenirs d'enfants tués paraissaient atrocement ringards, aujourd'hui, ils devraient tout simplement être interdits), les apprentis gangsters qui prennent leur carte d'identité pour partir en braquage, les balles au cœur arrêtées par des smartphones, les discussions interminables sur le bien fondé du principe de vigilante, le méchant qui s'éloigne de son explosion au ralenti, le méchant avec un œil mort flippant, les mecs persuadés que leur fusil à pompe fera plus mal s'ils appuient sur la gâchette en hurlant, j'en passe et des pires, le festival de clichés est tout bonnement hallucinant.

lewis

A peine surnagent ici et là des pistes plus digestes qui aident à tenir le coup, dont un parallèle assez bien vu entre les actions de Frank et un jeune soldat submergé par ses démons et l'injustice de sa condition qui se lance dans une version nettement plus terroriste du chemin de vengeance de Frank. Une approche plus ou moins surprenante sur le problème du contrôle des armes se transforme plus loin en fable cynique sur l'absurdité d'un politicien adepte de l'interdiction des armes à feu obligé d'engager une armée privée pour sa propre protection... Mais le vrai problème qui achève de plomber cette narration trop dilatée réside principalement dans la structure désespérément classique de la réalisation. Tout est tellement linéaire et rythmé d'un banal cliffhanger gentillet à la fin de chaque épisode qu'on les enchaîne avec un ennui presque hypnotique. Ce train-train aliénant semble pourtant ne pas être une fatalité puisque l'un des épisodes finaux propose, enfin, une structure plus intéressante, en nous invitant à reconstituer les divers éléments ayant mené à un massacre dont l'origine est incertaine et dont on va tirer les fils au fur et à mesure que les personnages racontent chacun leur point de vue sur le déroulé des événements. Ce parti-pris Rashomonien surprend et apporte un souffle d'air frais le temps d'un épisode avant que la locomotive terre à terre ne se remette sur les rails. Et l'effort est oublié à l'épisode suivant, comme s'il s'était agi d'un accident.

page

Cette première saison du Punisher n'est pas complètement nulle, les quelques qualités qui y pointent régulièrement le bout de leur nez empêchent le show de sombrer dans des profondeurs abyssales et l'implication du cast génère un attachement aux personnages qui donne envie de savoir ce qui leur arrivera ensuite, mais elle n'est jamais complètement bonne non plus. Les trop nombreuses lourdeurs, la facture tristement classique de la réalisation et l'absence de réelle chorégraphie dans les affrontements (fut-elle lourde et lente, à l'image du Punisher) nous empêche de vraiment garder un souvenir mémorable de cette enfilade poussive d'épisodes trop souvent à peine utile à l'avancée de l'histoire. En condensant tout ça sur 6 épisodes, on aurait sûrement eu droit à un spectacle beaucoup pus brutal et à une histoire sèche et noire, débarrassée de toute fioriture. Mais la volonté incompréhensible d'étirer tout ça sur autant d'épisodes finit par retirer tout le sel d'un personnage passionnant, ici condamné à végéter dans une intrigue diluée, au point qu'il en devient presque le protagoniste le moins intéressant de sa propre histoire.  

Profile picture for user Ben Dussy
Ben Dussy