Trois yeux sur l'écran
...

Rampage

Simple et funky
CinémaCritiques
Score 65 %

On pourrait croire que la dimension ridicule de Rampage viendrait de ses animaux géants se foutant sur la tronche dans le centre-ville de Chicago, mais ces séquences sont finalement beaucoup plus crédibles que la brochette de personnages prétextes tous très caricaturaux qui habitent le reste du film. Mais il est difficile de ne pas s'amuser devant un spectacle à la fois aussi crétin et bourrin.

bigmeetsbigger

Jeu vidéo de borne d'arcade bien fendard, sorti en 1986 par Bally Midway, Rampage plaçait les joueurs (jusqu'à 3 en simultané) dans la peau de trois créatures géantes, un gorille à la King Kong, un reptile à la Godzilla, et un loup-garou à la...  on va dire à la con, et réclamait de sa part qu'il détruise soigneusement tout un quartier, immeuble après immeuble, tout en bouffant les passants à proximité et en évitant les tirs nourris de l'armée pour avoir le droit de passer au niveau suivant. Cette adaptation ne nous place plus vraiment dans la même perspective puisque, si on se délecte toujours autant de voir la ville détruite par les titans sauvages, on suit désormais les personnages humain chargés de limiter les dégâts. 

george

Dwayne Johnson campe donc ici Davis Okoye, un primatologue aguerri et débonnaire, qui compte parmi ses "amis" un grand gorille albinos du nom de George, dont il s'occupe au sein de la réserve de San Diego. A la suite d'une introduction particulièrement réussie, à bord d'une station spatiale où rôde un rat géant, on nous montre comment des échantillons issus d'une expérience génétique foireuse se retrouvent éparpillés autour de la région, et contaminent George, ainsi qu'un alligator et un loup. Ces animaux sont rapidement secoués de réflexes d'une grande violence et leur taille et leur force augmente de manière exponentielle. Les auteurs des fameuses expériences, Les Widen frère et sœur, sous couvert de leur société Energyne, décident en apprenant la nouvelle de faire abattre les animaux infectés pour récupérer des traces de leur travail, puis, réalisant que ce n'est pas si facile, utilisent un système d'ultra-sons pour les attirer dans le centre de Chicago jusqu'au bâtiment de leur laboratoire, dans un but qui reste assez flou. Davis va rapidement être rejoint par le docteur Kate Caldwell (Naomie Harris, ici très loin de son rôle de mère toxicomane dans Moonlight), une généticienne, anciennement employée par Energyne, mais désormais décidée à révéler leurs méfaits au grand jour. A cela s'ajoute un agent gouvernemental cynique et pince-sans-rire (Jeffrey Dean Morgan, lui pas si loin que ça de son rôle de Negan dans The Walking Dead) qui va jouer le rôle d'intermédiaire avec l'armée. 

dog

Mais en fait, avouons-le, on s'en tape de tout ça, et les auteurs semblent assez d'accord avec nous. Ce qu'on veut c'est voir des monstres mutants défoncer une ville entière. Le Kaiju Eiga (film de monstres géants, inventé oar les japonais, dont Godzilla est le parrain le plus connu) s'embarrasse rarement  de scénarii trop complexes, mais rien ne l'empêche d'étoffer un peu ses personnages, comme c'était le cas dans le Godzilla de Gareth Edwards. Cela dit, ça ne lui avait pas porté chance au box office. Le scénariste Ryan Engle, spécialiste en films avec Liam Neeson, et à l'origine de l'histoire a vu sa copie revisitée par Carlton Cuse (Lost, The Strain, Colony, Bates Motel), Ryan Condal (Colony, Hercule) et Adam Sztykiel (Due Date et le quatrième Alvin & les Chipmunks, ouais, on en est là). Les efforts d'écriture se concentraient sur un canevas entièrement vierge. L'histoire du jeu vidéo Rampage est vraiment minime, et contrairement à des adaptations soumises à des lores plus complets comme Tomb Raider ou Assassin's Creed, les auteurs avaient ici complètement carte blanche. Ils ont donc choisi un parti pris relativement sans danger : opter pour de la comédie d'action débile qui ne prétend pas être autre chose. Et c'est effectivement ce à quoi on a droit dans Rampage. Seulement voilà, la volonté de jouer sur une approche 80's du film d'action décérébré demande néanmoins un minimum d'efforts : de la vanne de qualité, des personnages qui peuvent être simplistes mais qui exigent d'être aussi attachants, et surtout un contexte humoristique qui colle aux scènes d'action. Ce cahier des charges n'est qu'à moitié rempli. 

promo

L'un des personnages les plus marrants du film est George lui-même. Quand le gorille se permet des vannes, elles sont exprimés en geste (il communique en langage sourd-muet), et donc par nature un peu limitées (je vous laisse imaginer le genre de blagues qu'on fait avec les doigts) mais elles font néanmoins mouche parce que l'animation du primate est particulièrement réaliste et traduit généreusement l'humeur rigolarde du gorille. Malheureusement, il n'aura l'occasion d'être drôle qu'en début et fin de film. Dwayne Johnson, quant à lui, se retrouve avec quelques répliques délicieusement bas-de-plafond en bouche, et le couple de méchants, Claire et Brett Wyden (la piquante Malin Akerman et Jake Lacy, le stagiaire de The Office US) semblent avoir bien compris ce qu'on attendait d'eux, en gros de jouer comme dans un épisode d'inspecteur Gadget. Mais si cet humour crétin s'avère très appréciable au sein des séquences plus calme, il est parfois tellement crétin qu'on se demande un peu si c'était nécessaire de descendre aussi près des pâquerettes, et quand bien même ce serait le cas, cette dimension comédie n'embrasse pas assez la totalité du film pour en faire une récréation entièrement assumée comme telle. On grince un peu des dents quand l'amourette naissante entre Okoye et Caldwell essaie de s'immiscer dans l'histoire. Même chez les acteurs, on sent qu'ils savent que leurs personnages n'ont pas la tête à ça. Le traitement simple et amusé semble ne s'appliquer que par endroits, et quand il est absent, on est un peu moins convaincu par le film. Surtout que la psychologie dessinée au pistolet à peinture de la totalité des personnages fait ressortir très (trop) clairement chacun de leur rôle au sein de l'écosystème scénaristique du film. Évidemment, on ne s'attendait pas à voir des personnages au passé complexe s'étendre pendant de longues minutes sur les tenants et les aboutissants d'une histoire aussi absurde, mais ça n'aurait pas non plus été du luxe que de définir des contours un peu plus subtils aux protagonistes principaux. Ici, le rôle de The Rock semble presque être un copié-collé de ce qu'il était dans les autres films de Brad Peyton (San Andreas, Journey 2), Jeffrey Dean Morgan n'a quasiment aucune latitude pour placer un peu de son swagg et le rôle de Kate Caldwell est tellement calibré qu'on voit presque par instants le visage de Sandra Bullock en superposition du sien. 

manganiello
Burke le super-chasseur (Joe Manganiello) va disparaître du casting dans 5, 4, 3, 2, 1...

Mais sur l'essentiel, la partie la plus importante du contrat, à savoir mettre en scène des scènes d'action ultra-bourrines avec les animaux géants, il faut admettre que tout est là pour satisfaire les amateurs du genre. Les séquences de combat sont cadrées avec une énergie qui accompagne fidèlement la ménagerie déchaînée tout en laissant des plans plus amples capturer l'ampleur des actions. Le son est à tomber par terre de sauvagerie, le fracas des immeubles qui s'écroule fait presque pâle figure sous les rugissements tonitruants des bestioles qui grimpent et redescende des buildings avec une habileté désarmante. Ils traversent les bâtiments comme s'il s'agissait de boîtes en carton. Et on se régale à voir le jeu de massacre se dérouler sous nos yeux. On est mûrs quand les animaux, qui fonctionnaient jusque là en coordination, se retournent les uns contre les autres. La dernière demi-heure est un déchaînement décomplexé d'une violence fun et fraîche, où toutes les incohérences sont oubliées pour laisser libre cours au fantasme de destruction que le film promettait et délivre avec une simplicité et une efficacité qui vont droit au but. La fin réserve un clin d'œil assez touchant aux fans du King Kong des années 80, qui met en exergue la relation la plus touchante du film, celle qui lie Davis et George. Brad Peyton, réalisateur sans envergure à qui on devait le tristounet San Andreas, signe ici une série B plus assumée qui fait le job sans prétendre être plus que ce qu'elle est : un divertissement aussi flashy sur le moment qu'il sera vite oublié par la suite. Pressenti pour réaliser l'adaptation de Just Cause, en partant sur le scénario du troisième volet du jeu, il risque d'avoir plus de mal à joindre les deux bouts quand il s'agira d'intégrer un fond plus complexe à une forme qu'il maîtrise indubitablement mieux. 

Rampage est sorti le 2 mai 2018 en salles

Profile picture for user Ben Dussy
Ben Dussy