Trois yeux sur l'écran
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Spider-Man

Les Toiles Filantes
GamingCritiques
Score 85 %

Le Spider-Man d’Insomniac Games a tellement à cœur de s’acquitter de son plus grand défi qu’il en oublie un peu le reste. En façonnant un gameplay planant et trépidant mais aussi évolutif et adaptable, l’aspect répétitif des activités disponibles dans le jeu et la vacuité relative de son superbe monde ouvert ne sont qu’une petite ombre au tableau pour les joueurs qui recherchent en priorité une expérience d’action efficace et décapante, sans forcément en attendre plus.

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Spider-Man qui cogite dans le métro.... - Insomniac Games / Sony Interactive Entertainment

Ça plane pour moi 

Peu sont les super héros dont le mode de déplacement est aussi étroitement lié à leur identité. Les toiles projetées par l’homme-araignée lui servent à emprisonner ses ennemis, à freiner la chute de matériaux dangereux, à suspendre ou plaquer au sol toutes sortes d’objets ou d’individus, mais elles sont aussi et surtout son moyen de locomotion. Nombreux sont les films à tenter de recréer avec réalisme les envolées grisantes d’un Spiderman virevoltant entre les gratte-ciels new-yorkais. Les brusques accélérations couplées à la force centrifuge des mouvements de courbe du super-héros Marvel n’auront jamais été rendues avec autant de force et de fraîcheur que dans cette nouvelle adaptation vidéoludique. Après deux ou trois missions tutorielles, le jeu nous laisse un premier espace de liberté pour se déplacer à notre guise dans la ville. On nous explique qu’en débloquant les tours émettrices de la police disséminées sur la map, celles-ci rendront visibles un total de 54 sacs-à-dos répartis dans la ville, dont il faudra compléter la collection pour obtenir une tenue spéciale. Pour ma part, et c’est quelque chose que je n’avais jamais fait sur aucun jeu auparavant, j’ai tellement été happé par la fluidité de la course au milieu des immeubles et le rythme hypnotisant des déplacements que j’ai passé plus d’une heure à allumer toutes les tours et à récupérer chaque sac-à-dos jusqu’au dernier avant de me lancer dans la mission principale suivante. Rien que pour le plaisir de me promener librement dans ce Manhattan lumineux et bruissant de foule, plongeant avec délice entre les surfaces de verre des buildings avec dans les oreilles le souffle du vent et la musique instrumentale enfiévrée, seulement interrompus par instants par le son des moteurs et des klaxons quand les pieds de notre personnage viennent frôler le plancher des vaches et se retrouvent un court instant à portée des clameurs des passants.  

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On s'amuse moins au niveau du sol. - Insomniac Games / Sony Interactive Entertainment

Anger management 

Cette nouvelle adaptation du super-héros de Marvel était bien évidemment attendue au tournant, logique pour une franchise qui a engendré des jeux vidéo sur les quarante dernières années, de la plate-forme au beat’em all en passant par le tps. Ce nouvel épisode s’inscrit dans la lignée des jeux apparus à l’ère Playstation (avec le Spiderman de Neversoft en 2000) et ressemble particulièrement à une version modernisée du Spiderman 2 de Treyarch en 2004 (il y a donc 14 ans déjà, ça ne nous rajeunit pas…) sorti sur PS2, qui utilisait déjà la plupart des mécaniques de déplacement et de combat à l’œuvre ici. En faisant l’indispensable jonction entre des mouvements fluides pour se faufiler à travers la ville, un système de combat intuitif et cartoonesque et des mécaniques plus précises consacrées au stealth et à des manœuvres d’infiltration ou de surveillance à distance, la formule regroupe l’essentiel des talents Marveliens du héros dont le joueur peut vouloir profiter. L’équation a ici été affinée, rééquilibrée, et les avancées techniques récentes donnent à l’ensemble une fière allure, dynamique et élégante, surtout sur PS4 Pro, où les contorsions d’un Spiderman filant à pleine vitesse dans les hauteurs d’avenues baignées par les reflets orangés d’un coucher de soleil prennent toute leur ampleur.   

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Vu des sommets, Manhattan est à couper le souffle. - Insomniac Games / Sony Interactive Entertainment

Le petit ver dans la grande pomme 

Ce gameplay généreux trône sur un espace en monde ouvert au graphisme soigné, un Manhattan détaillé, vibrant d'une intense circulation, vrombissant du concert permanent de centaines de moteurs, sans compter les hélicoptères survolant la city. Très régulièrement, des rixes, cambriolages, braquages, accidents de la route et autres course-poursuites vous détourneront de votre chemin et demanderont votre attention l'espace de quelques minutes. Si d'aventure vous désirez faire une pause de lancer de toile et décidez de marcher quelques minutes sur les trottoirs de la ville, vous tomberez sur des passants surpris de vous croiser, et vous taperont des checks, feront des selfies avec vous, ou vous indiqueront un crime en cours à proximité. Mais il ne faut pas trop gratter le vernis de ce chatoyant monde ouvert, qui s'avérera vite plus creux qu'il n'y paraît. N'attendez pas un Los Santos avec son nombre vertigineux d'activités. La nature même de monde ouvert sur Spider-Man est relativement exagérée : En dépit de ses quelques missions secondaires, le récit conté dans la trame principale ne dépend que très peu de l'espace disponible, il n'y aura aucun choix particulier à faire tout au long de l'histoire, pas moyen non plus de lancer tel événement avant tel autre, Spider-Man est un jeu qui raconte une aventure complètement linéaire dans un monde ouvert. Cette petite schizophrénie donne à l'ensemble l'allure d'un grand salon d'attente où on papillonne au milieu des activités annexes entre les différents chapitres, mais peine à accorder la forme de son univers au fond de son récit. La structure même de ce monde ouvert est assez bancale : dépourvu d'un réel cycle jour/nuit, la map va ainsi se régler à chaque opération annexe, lors de trop longs écrans de chargement, en fonction du moment de la journée ou de la météo voulus par l'activité en question. Les changements organiques dans ce cycle se font autrement entre les missions principales, mais très vite, ces écrans de load s'avèrent très laborieux. Une phase de l'histoire où la ville est littéralement à feu et à sang et où des incendies se déclarent partout constitue cependant une belle appropriation du terrain de jeu par la narration. Dans l'ensemble, les rouages de ce monde ouvert sont quand même lourds à faire tourner pour un joueur habitué à des univers de jeu plus organiques.  

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Le costume vintage de Spider-Man est particulièrement cool dans les cut-scenes... - Insomniac Games / Sony Interactive Entertainment

Danseur et toile 

Au-delà de cette légère incohérence dans sa mise en forme, Spider-Man est un jeu d'une rare générosité. La plasticité de son gameplay de combat, dont vous pourrez tordre chaque mécanique à votre préférence en sélectionnant et en améliorant les différents gadgets à votre disposition, en jonglant avec les pouvoirs ultimes livrés avec chacune des tenues débloquées, en choisissant des approches bourrines ou discrètes selon les situations, est d'autant plus appréciable qu'elle fait du coup passer la pilule de la répétitivité des activités sauvages proposées par le jeu. C'est aussi le cas de l'arbre de compétences, qui permet de compléter les capacités de combats tout en fluidifiant les déplacements, en garantissant de plus en plus de conserver sa vitesse et même de réaliser quelques figures pendant les sauts. Cette palette variée n'est malheureusement pas très mise en valeur dans les missions principales où la plupart des grosses scènes d'actions sont ponctuées de QTEs paresseux et de combats de boss très peu inspirés. Ça n'empêche pas le rythme de ces missions d'être très agréable mais on se sent par moments un peu extérieur à l'action. Si les quelques phases d'infiltration confiée à Spidy sont agréables à traverser, celles qui correspondent aux personnages secondaires de l'histoire, que l'on incarne par intermittence, le sont beaucoup moins. Les schémas de gameplay sont très peu adaptés à de telles séquences et étant donné que ces scènes reviennent régulièrement, elles peuvent frustrer par le biais de leur caractère nettement moins trépidant, et faire retomber l'élan du reste du récit.  

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Stan Lee passe évidemment faire un petit coucou... - Insomniac Games / Sony Interactive Entertainment

Une pléthore d'ennemis  

Côté galerie de personnages, Spider-Man n'y va pas avec le dos de la cuillère. Dès la première mission, on met ce bon vieux Fisk derrière les barreaux et sans leur capo, les hordes de malfaiteurs qui grouillent en ville partent immédiatement en roue-libre, semant un chaos palpable à travers la ville. L'histoire de ce Spider-Man se situe au moment où Peter Parker entre dans l'âge adulte. Il sort d'une relation avortée avec la jolie Mary-Jane, pleure encore la perte de son oncle Ben, a abandonné son job de photographe de presse et partage ses journées entre son travail à  mi-temps dans le labo de son ami le professeur Octavius, et du bénévolat au centre FEAST (c'est un peu choquant quand on entend Peter conseiller le Feast à un SDF rencontré dans la rue, jusqu'à ce qu'on voie comment ça s'écrit..). Ce centre (Food, Emergency Aid, Shelter & Training) où travaille aussi sa tante May est en partie géré et financé par Martin Li, un politicien local qui s'avérera être l'un des principaux antagonistes du jeu. Si vous êtes particulièrement calés en univers Marvel, vous aurez plaisir à découvrir le très large éventail de super-vilains présents dans le jeu d'Insomniac. Si vous êtes plutôt néophyte, vous aurez tout autant de plaisir à les rencontrer pour la première fois, et à lire les nombreuses notes concernant leur passé et leurs motivations. Scorpion, Mister Negative, Rhino, Vulture, Shocker, Electro, Taskmaster, et d'autres croiseront le chemin de Peter Parker qui devra parfois se défaire de plusieurs de ses ennemis en même temps. Les cut-scenes et cinématiques qui nous accompagneront tout au long de la longue histoire du jeu bénéficient d'animations faciales d'une qualité hallucinante, du niveau de ce que peuvent faire Naughty Dog actuellement, et ce soin très minutieux apporté aux détails aide beaucoup à rendre encore plus crédibles les liens très travaillés entre les personnages, notamment la reprise fragile de l'étincelle entre Peter et MJ ou l'inquiétude de tante May pour son neveu. Notons aussi que la petite dizaine de missions secondaires, si elles sont mal reliées au reste de l'histoire, sont presque toutes dotées de bons scenarii, courts mais intéressants, et utilisant intelligemment l'arsenal et la panoplie de mouvements de notre héros. Il en va de même des différents défis donnés par Taskmaster, des stations scientifiques de Harry Osborn, ou des missions comme la récupération des pigeons voyageurs, qui prennent toutes plus ou moins le rôle de test pour vérifier que vous maîtrisez parfaitement telle ou telle composante du gameplay.   

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Les excellentes animations faciales bénéficient particulièrement bien à la belle Mary Jane. - Insomniac Games / Sony Interactive Entertainment

Arachnophilie 

S'il totalise quelques bévues et un certain nombre d'écueils, Spider-Man a en lui un tel souffle d'énergie et de beauté qu'il balaie toutes ces petites déceptions ponctuelles sous la force de son gameplay savoureux et de son bac à sable saturé d'activités. Manhattan a beau sonner creux dès qu'on descend au niveau du sol, les sommets de ces gratte-ciels ont ce charme aérien qui ne nous lâche pas, même lorsque l'on s'élance pour la millième fois depuis les toits des bâtiments jusqu'au milieu des rues bondées. La sensation indescriptible que procure les élégants balancements entre les masses imposantes de pierre, de métal et de verre justifie à elle-seule de faire un détour par ce nouveau Spider-Man. Si on peut s'énerver par moments sur la répétitivité des défis ou des combats de rue, sur la sélection brouillonne des objets à saisir dans le feu de l'action, sur la présence un peu envahissante des temps de chargement lié aux environnements, finalement, ces quelques coups de canifs n'ont pas un grand impact sur le contrat amplement bien rempli du splendide dernier jeu d'Insomniac Games. Quand on pose sa manette à la fin de cette aventure sur-vitaminée, on retient surtout le déferlement d'action, l'ingéniosité d'un gameplay à la fois facile à apprendre et dur à maîtriser dans ses utilisations de pointe, et le souffle épique d'une aventure Marvel qui préfère retrouver la simplicité lumineuse et réconfortante de la trilogie de Sam Raimi plutôt que la sombre complexité des films plus récents de l'univers des Avengers. Spider-Man assume avec vigueur sa formule évidente, efficace et  musclée et offre aux joueurs de Playstation un titre solaire qui rappelle que les adaptations de super-héros en jeu vidéo ne sont pas condamnées à faire figure de pâle copie face à leur matériau d'origine. 

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Les combats de Spider-Man sont souvent rapides, organiques et palpitants. - Insomniac Games / Sony Interactive Entertainment

Spider-Man est disponible sur PS4 

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Ben Dussy