Trois yeux sur l'écran
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Tomb Raider

Mode facile
CinémaCritiques
Score 3 %

A l'époque des adaptation cinématographiques des Super Mario Brothers et autres Mortal Kombat ou Street Fighters, on avait pour habitude de déplorer que les films étaient beaucoup moins bien que les jeux. On se référait pour dire ça au plaisir que l'on prenait à y jouer et l'incapacité des films à nous faire retrouver ce même plaisir. On était aussi déçus par la façon dont ces films passaient souvent à côté de l'état d'esprit des jeux dont ils étaient tirés, et se lançaient sur des pistes narratives très éloignées des principes des objets ludiques qu'ils auraient dû refléter. Mais pour être complètement honnête, en 1993, le film Super Mario Bros était quand même plus fendard à regarder que votre petit frère achevant le monde 4-2 de Super Mario World sur la Super Nintendo du salon.

fond

Mais aujourd'hui, avec cette nouvelle version filmique de Tomb Raider, on est face à quelque chose qu'il aurait été difficile de prévoir à l'époque. Le Tomb Raider de Roar Uthaug est un moins bon film que ne l'est le jeu dont il est une vague adaptation. Pour être tout à fait clair : on ressent plus d'émotions, on passe par des étapes plus marquantes et on nous dévoile un personnage central plus intéressant dans n'importe quelle partie narrative du jeu de 2013 que dans n'importe quelle séquence de ce film. 

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Le mec du casting devait être en RTT quand ils ont casté l'actrice qui joue une version 12 ans d'Alicia Vikander... / MGM - Square Enix

Alicia Vikander a beau se démener comme un beau diable (et il est beau, ce diable), enrober toutes les répliques les plus faiblardes de sa jolie voix éraillée, la quasi-totalité du film sonne creux comme la carcasse d'un B-29 échoué au sommet d'une chute d'eau. On aurait pu éventuellement pardonner une introduction qui traîne autant en longueur, les flashbacks indignes (ou alors dignes, mais d'un téléfilm allemand d'après-midi sur M6), et l'entourage d'amis de Lara à peine survolé en quelques scènes superficielles, si quelque chose de sérieux avait été proposé une fois entré dans l'action principale. Mais on se rend très vite à l'évidence, tout ce qui donnait une identité propre, un feeling particulier et une touche nouvelle au reboot des aventures vidéoludiques de Lara Croft par Crystal Dynamics en 2013 est passé à la trappe. Alors que le jeu prenait un plaisir vicieux à nous placer dans la peau d'une Lara dépassée par les événements, menacée de viol, transpercée (littéralement) de toute part par la douleur, qui s'extirpait de cet enfer en tuant pour la première fois, et trouvait aux côtés de son salut temporaire une douleur encore plus forte dans la culpabilité de l'acte meurtrier, on ne retrouve rien de tout ça dans le film. Tout juste une sorte de gesticulation mimant les passages les plus signifiant du jeu et tentant de les reproduire sans vraiment les avoir compris, comme un enfant réciterait de mémoire une locution de Kant qu'il aurait entendu par hasard. 

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J'aimerais vous annoncer que c'est l'un des plus beaux plans du film, mais malheureusement, c'est le seul beau plan du film... / MGM - Square Enix

Tenez, restons d'ailleurs sur Kant quelques secondes (mais pas tous en même temps, sinon on va lui faire mal). Ce dernier disait "Il faut apprendre à philosopher, et non pas la philosophie". Peut-être qu'un jour, les studios en charge des adaptations de jeux vidéo en films comprendront qu'il fautd'abord s'imprégner de l'esprit d'un jeu vidéo et en comprendre la logique interne avant d'essayer d'en reproduire les mimiques extérieures. Peu importe que Lara Croft ait été une livreuse à vélo qui faisait des courses illégales avec ses collègues dans les rues de Londres (ouais, moi non plus, je comprends pas d'où ça sort, ça), on s'en cogne de savoir qu'elle se faisait mettre à l'amende à la boxe. Quand on arrive à une séquence pivot dans ce nouveau film, celle où Lara zigouille un mec pour la première fois, on est fébrile à l'idée de découvrir comment ce trauma va être traduit à l'image, on vibre à l'avance de voir la manière dont Alicia Vikander va interpréter ce moment fondateur dans la vie de l'héroïne... On s'angoisse, on le sent arriver, on attend...  Et on attend toujours. Lara part directement vadrouiller plus loin, ce moment n'aura pas lieu. En y repensant, il n'y a d'ailleurs pas grand chose qui a réellement lieu tout au long du métrage. Aucun temps de recul n'est là pour prendre la mesure de la situation et l'impact qu'elle a sur notre héroïne. On semble toujours arriver trop tôt ou trop tard sur les scène-charnières qui auraient pu donner un semblant d'âme au film.

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Me dites pas qu'ils ont rajouté des zombies à la con dans cette histoire ?! Non, mais je sais, je vois bien... Mais me le dites pas... / MGM - Square Enix

Le pire, c'est que seulement une scène d'action reste en mémoire (celle de la chute d'eau avec l'avion) une fois le film terminé et qu'il s'agit d'une version moins bien réalisée que celle du jeu qu'elle copie sans vergogne. Et quand bien même on apprécierait cette espèce de cirque poussif que constituent le reste des moments d'action du film, quand bien même Tomb Raider serait un film d'action correct, un de ces divertissements acceptable, sans plus, qui se hissent vaguement au dessus de la moyenne du genre. Et bien, merci, c'est gentil, mais des films d'action acceptables sans plus qui se hissent vaguement au dessus de la moyenne, on en a une vingtaine par an, c'était pas la peine de vous déranger. Il n'y a pas de quoi s'énerver, je sais bien, mais c'est toujours désespérant de voir une occasion ratée comme celle-là, surtout quand elle intervient après déjà deux films ayant totalement manqué le coche. Sans déconner, je ne croyais vraiment pas dire ça un jour, mais finalement, Sydney Fox, la série des années 90 avec Tia Carrere, avait plus compris la personnalité de Lara Croft qu'aucun film sorti officiellement depuis l'époque. Pour ceux qui ne voient pas de quoi je parle (oui, je m'adresse à vous, les sales jeunes), il s'agissait d'une adaptation de Tomb Raider en série, diffusée entre 99 et 2002, non-officielle parce que... bon, ben... droits trop chers... du personnage de Lara Croft, le tout en mode comédie d'aventure au budget anémique et à l'humour potache qui tâche. Et bien, dans cette série, au moins, on avait le temps de se plonger quelques minutes dans la vie personnelle de la jeune héritière aventurière. Bon, ok, j'exagère peut-être un peu, mais il me semble que vous voyez où je veux en venir. De toute façon, ça m'énerve trop, je m'arrête là.

lara

Tomb Raider sortira en DVD le 18 juillet 2018

Oh et puis merde, je me permets quand même de mentionner encore une ou deux choses, comme par exemple :

  • Le scandale que c'est que d'entraîner des acteurs aussi cool que Waltons Goggins (The Shield), Dominic West (The Wire), Hannah John-Kamen (Ready Player One), Kristin Scott Thomas (Seuls Two) (ouais, je sais, elle a fait des trucs mieux, ta gueule) et surtout Alicia Vikander (Ex Machina) dans des fumisterie de ce type.
     
  • Le puzzle du tombeau à base de couleurs dont le concept aurait été refusé pour des jouets playschool pour les 5-7ans parce que trop facile.
     
  • Le fait que Lara tue instantanément tous les mecs qu'elle touche à l'arc, même avec une seule flèche mal ajustée dans le torse, nan mais sans déconner, même dans le jeu, tu mets deux flèches dans le thorax à un type de base, il continue à te foncer dessus... Quand les morts de ton film sont moins réalistes que dans le jeu vidéo dont tu t'inspires, c'est qu'il y a un problème quelque part... Ou alors elle est en mode facile, c'est possible...
     
  • La logique très spéciale de la vingtaine de Chinois prisonniers du méchant Vogel qui, une fois libérés, acceptent en une fraction de seconde d'aller tous ensemble sauver des connards de blancs qu'ils n'avaient jamais vu de leur vie. Sauf que vu qu'ils décident d'y aller à pied à deux à l'heure, de toute façon, tout est fini au moment où ils arrivent sur les lieux.
     
  • La fantastique dernière séquence qui consiste à annoncer une suite possible au film en montrant Lara Croft enfin acheter ses deux flingues (alors qu'une fois encore, ceci était si bien amené dans le jeu). Deux flingues... Vous l'avez ? Nan mais siiii. Deux... Comme dans Tomb Raider 2. Quoi, vous me trouvez lourd ? Attendez de voir la scène en question...
     
  • La ridicule révélation finale à base de flashbacks à la usual suspects (qui incluent une scène qu'on a vu littéralement 10 secondes plus tôt). 
     
  • L'idée incroyable d'avoir remplacé l'histoire mystérieuse du jeu d'origine, qui traitait d'une Déesse japonaise ancienne en quête de résurrection, maintenue aux frontières de la réalité par une secte sanguinaire aidée par des reliquats magiques angoissants sous la forme d'immense samuraïs fantômes, par... un virus zombie, sérieusement ?
     
  • Les notions très personnelles du film en ce qui concerne la physique élémentaire pour tout ce qui est utilisation d'un piolet, outil qui normalement est assez éloigné de l'escalier dans son principe de base et qui pourtant fonctionne à peu près pareil dans le film, parce que si on regarde bien, le fait que dkkfvp^dlmlbbm pqfkk mqdiv oodvf fk^qf^lmqflfmlmqvù*vlvùlvùvvvmvlvl
     
  • aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhhhhhh sauvez-moi je deviens fouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu

Message du service santé de la rédaction :

A la suite de la rédaction de cette critique, l'auteur a été interné en soins psychologiques d'urgence à l'hôpital universitaire de la Pitié Salpêtrière pour y subir un traitement intensif dans le cadre d'une perte subite de sa coordination psychomotrice. Les médecins à l'œuvre sur son cas n'ont pu dans un premier temps sauver qu'une petite partie de son système nerveux. Les cauchemars violents impliquant des piolets, des arcs et des zombies mercenaires, ainsi qu'un certain nombre d'esclaves chinois qui ne marchent pas assez vite se sont intensifiés dans les mois qui ont suivi. Le patient a été retrouvé sans vie dans sa cellule capitonnée le matin du 31 mai 2018, les poignets lacérés, attifé d'un marcel un peu sale. Il avait confectionné un arc avec la structure en plastique de son lit sécurisé et avait tracé des symboles étranges avec son propre sang sur les murs de sa cellule, principalement des croix, des carrés, des triangles et des ronds, ainsi que des flèches dirigées vers le haut, le bas, la gauche et la droite. Dans l'une des inscriptions ensanglantées, il a demandé à être enterré avec deux Glocks 9 mm au cimetière du Chat Ivre, dans la Creuse. Sa famille a invoqué son droit à ne pas faire de commentaires sur les circonstances de sa disparition. Merci par avance de respecter leur choix.

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Ben Dussy