Trois yeux sur l'écran
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The Walking Dead - Saison 8

On connaît les paroles
SériesCritiques
Score 16 %

 

Cette saison 8 de The Walking Dead est de loin la pire de toute son histoire, et la barre était déjà très basse. En adaptant un arc de la BD qui tient sur deux volumes (20 et 21, soit de l'épisode 100 à 126) et en l'étirant de façon épuisante l'intrigue sur les saisons 7 et 8, la série aura perdu une bonne partie de sa fanbase. La série reste l'une des plus regardée aux USA et il y a peu d'espoir que les producteurs aient réellement conscience de l'effort nécessaire pour ne pas abandonner en cours de route un spectacle aussi dilué et dont tout l'impact est tristement concentré dans des moment-clefs seulement livrés en début et en fin de saison. Même en ajoutant ceux qui sont réservés aux ouverture et fermeture des mi-saisons, il n'y a définitivement pas grand chose à manger dans ces deux dernières saisons de The Walking Dead, au point d'en être presque jaloux des zombies. 7

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Le grand atout de la série sur cette saison comme sur la précédente est bien évidemment le personnage de Negan, dont le rôle à échu au charismatique Jeffrey Dean Morgan. Ce méchant qui, dans la BD, combine un humour ravageur à base de vannes 80's, une logique personnelle flippante mais vaguement légitime selon ses termes et une intelligence qui fait de lui un adversaire quasiment imbattable, est malheureusement réduit dans la série à un psychopathe souriant, dont l'humour répétitif est à peine à la hauteur de ses desseins machiavéliques. Jeffrey Dean Morgan, si doué qu'il soit, ne peut pas faite grand chose avec les répliques terriblement faibles qu'on lui donne en pâture et l'enfilade de séquences inutiles et répétitives qu'on le force à honorer. La léthargie générale de la saison ne rend de toute façon service à aucun des personnages. Dans cette saison 8, on attend, et on ne fait presque que ça. On attend, on fait un pas en avant et deux en arrière, et l'organisation chaotique de la résistance face aux Saviors (les... Sauveurs en français ? Je préfère ne pas savoir...) se perd très rapidement dans des atermoiements insipides et interminables qui vous vrillerons les nerfs dix fois plus vite que n'importe quelle attaque de zomblards. 

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Cette saison enfonce aussi le clou sur ce qui représente le plus gros problème de la série depuis sa  lamentable deuxième saison. La version télé des aventures de Rick Grimes n'a jamais su saisir, au delà de sa saison initiale showrunnée par Frank Darabont, l'essence de ce qui fait de cette histoire de survie en territoire zombie une œuvre intéressante. Dans la bande dessinée de Robert Kirkman et Tony Moore, la question centrale de l'humanité est interrogée de manière subtile et permanente par le biais des interactions de Rick et son groupe face aux autres humains qu'ils rencontrent. Leur place au sein du monde, et le fait qu'ils se savent contaminés par le virus, virus qui se déclenchera s'ils meurent, mordus ou pas, leur dicte une réflexion en constante évolution qui les amène à se considérer eux-mêmes comme les walking dead du titre. Mais cette réflexion est surtout figurée par les évolutions de leur clan au sein de la nouvelle chaîne alimentaire. Et leur comportement se décide en fonction de leurs adversaires du moment. Les préceptes auxquels ils doivent désormais se conformer sont traduits par les actes dont ils se rendent responsables et leur transformation progressive s'articule autour de leurs conditions de survie du moment. Bien sûr, il leur arrive souvent d'en parler entre eux, de formuler leur compréhension de ces idées, mais jamais le rythme du récit ne ralentit pour laisser place à cette réflexion, elle est complètement intégrée à l'avancée de la narration. Dans la version série, c'est presque l'exact opposé. L'action et les progressions narratives semblent être en constante veille et attendre (très) patiemment que le discours interne sans cesse reformulé jusqu'à l'écœurement laisse la place à un pas en avant pour l'intrigue. 

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N'espérez pas voir tout ce beau monde avancer d'un coup ensemble dans cette huitième saison, il faut d'abord qu'ils réfléchissent...

Les seuls moments où la série The Walking Dead prend un semblant d'épaisseur, c'est quand elle décide de s'éloigner de la BD. C'est le grand drame de ce show qui, en plus (ou à cause) de ses constants changements d'auteurs, de producteurs et de showrunners, n'a jamais vraiment réussi à se positionner par rapport à son matériau d'origine. On ajoute des personnages, on change le sexe d'un méchant par ci, on fait mourir un personnage en plus par là, mais on retourne toujours sur le chemin balisé par la bande dessinée. La mort en milieu de saison d'un personnage clef (qui survit dans la BD) permet à cette nouvelle salve d'épisodes de ne pas sombrer dans la catatonie totale, un personnage ajouté plus tôt (Jadis) va alimenter une autre sous-intrigue mais il aurait fallu tellement plus rythmer un saison aux enjeux aussi disparates et dénuées d'intérêt. De la scène involontairement hilarante où Rick et Daryl font exploser en se bagarrant leur pickup équipé d'un calibre .50 qui leur aurait été diablement utile, à ces innombrables moments de recueillement, en passant par une mise en place de plans d'attaque d'une lenteur exténuante, on peine à se souvenir de moments de cette saison où il se passe réellement quelque chose. La loyauté des clans est aussi réversible que celle des individus, et la trahison la plus ridicule de la saison, celle d'Eugene, sert en dernier recours à sortir d'une situation impossible en jouant sur un hasard complètement absurde qui achève totalement le semblant de crédibilité qui restait encore à la série

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Eugene (Josh McDermitt), en train de se demander s'il est possible de trahir sa propre trahison... / AMC

On en arrive même à un point où quand plusieurs théories sont possibles, la plus ridicule sera fatalement celle choisie par les auteurs, qui semblent prisonniers d'un découpage imposé par la production, et aussi pressés que les spectateurs de voir quelque chose de concret se passer. A un niveau même moins ambitieux, on espère souvent que certains personnages partent juste enfin sur une trajectoire psychologique précise. Mais entre Rick Grimes qui  semblait avoir définitivement basculer dans le côté sombre de la force qui décide finalement qu'il doit être meilleur, Morgan Jones qui, après avoir été contre l'idée de tuer, est devenu pour, puis à nouveau contre, puis un peu pour quand même, est désormais contre, et la fièvre vengeresse de Maggie, qui fera tout pour tuer Negan, mais se montre étonnamment très magnanime avec ses hommes, les inconsistances de caractérisation sont maintenant répandues au cast entier. Les personnages prêchent tout et son contraire, parfois au sein d'un même épisode. C'est épuisant, et ça ne rend service ni au récit, ni à l'univers que le show tente d'installer comme étant vaguement original. Les spectateurs ont été nombreux à se moquer de l'interprétation un peu cartoonesque que Jeffrey Dean Morgan a choisie pour jouer Negan, mais il se pourrait bien qu'il soit l'acteur le plus en phase avec ce que la série est réellement devenue : un cartoon sans réelle cohérence, paralysé par ses propres changements constants de directions qui l'obligent au sur place

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Finalement, on se dit que le vrai avenir de The Walking Dead en télé se situe du côté du spin off Fear The Walking Dead, qui a su éviter quasiment tous les écueils que l'on peut trouver dans la version initiée en 2010. Basée en grande partie en Amérique du sud, Fear The Walking Dead est une série cohérente, visuellement assez impeccable (les cadres ensoleillés changent terriblement de la grisaille de la série-mère) qui radicalise sa narration avec une efficacité presque insultante envers la série dont elle est issue. Dans cette version western de l'univers zombie de Kirkman, la famille recomposée qui est au centre de l'intrigue laisse le show développer des visions claires et variées du nouveau monde empli de zombies où ils se retrouvent. Chaque personnage réagit avec une attitude qui lui est propre et qui évolue sans s'inverser. Avec un casting de poids (Kim Dickens, Cliff Curtis, et le très jeune et très doué Frank Dillane, aperçu dans Au Cœur de l'Océan de Ron Howard), Fear The Walking Dead ne reprend aucune intrigue liée à la bande dessinée mais s'en rapproche paradoxalement beaucoup plus que la série qui en est officiellement tirée. Son ton pessimiste et ses envolées visuelles qui empruntent autant à Sergio Leone qu'à Alejandro Jodorowsky (ok, là, je pousse un peu mais parfois, on en est pas loin) en font un spectacle frais et foncièrement captivant, à cent lieues de l'autisme narratif pénible de sa grande sœur

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Morgan Jones (Lennie James) avec Nick Clark (Frank Dillane) dans Fear The Walking Dead (saison 4 - épisode 3) / AMC

Alors quand on découvre dans les dernières minutes de cette saison 8 que Morgan, le personnage le plus exaspérant de The Walking Dead part en voyage pour se retrouver avec ceux de la saison 4 de Fear The Walking Dead, bon ben déjà, on le comprend, mais ça pose aussi la question de savoir quelle série va contaminer l'autre. Un réel cross-over sera-t-il l'occasion pour TWD de prendre quelques leçon de vélocité de la part de FTWD ? Ou au contraire, FTWD va-t-elle se voir infiltrer par les personnages inconsistants de TWD jusqu'à être absorbée dans l'oisiveté narrative de sa consœur ? Pour l'instant, l'espoir est permis puisqu'il s'est passé plus de choses intéressantes dans les trois premiers épisodes de la saison 4 de Fear The Waling Dead que dans les deux dernières saisons de The Walking Dead. Et même notre bon vieux Morgan qui nous sortait par les yeux depuis quatre saisons de TWD (bien que joué par l'excellent Lennie James) prend depuis qu'il s'est enfui une vraie épaisseur au contact de ses nouveaux amis. Comme quoi...

La saison 8 de The Walking Dead était diffusée du 22 octobre 2017 au 15 avril 2018 sur la chaîne AMC et en parallèle en France sur la chaîne OCS

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Ben Dussy